La restructuration permanente comme levier de la rentabilité
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- Publié le mardi 12 janvier 2010 18:54
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Une analyse de l'historique de l'actuelle société CSP SI Groupe permet de mieux comprendre comment sont mis en oeuvre les moyens d'une restructuration permanente pour atteindre un haut niveau de rentabilité. L'idée originelle était d'intervenir sur les charges abyssales de l'activité informatique. Alors qu'il était admis dans les années 1990 que les coûts étaient forcément importants, on cherche à remettre en cause cette fatalité.
L'aventure commence avec le déménagement des services informatiques de Veolia Eau du quartier de la Défense à Paris vers Saint Maurice dans le Val de Marne. Cette opération a permis de peser au moins sur deux variables économiques importantes : la masse salariale, par la réduction que le déménagement a induit, et les charges immobilières, dont les coûts ont diminué. Ainsi, le déménagement vers Saint Maurice n'a été qu'un outil très classique pour réduire les dépenses de GiEau. Parallèlement, les services ont été réorganisés par pôles de compétences, c'est-à-dire d'une part, par métiers, d'autre part, par techniques; préalable pour une distinction qui se précisera plus tard...
Ce déménagement n'était qu'un des épisodes pour gagner une certaine visibilité de la direction sur l'activité informatique. Ainsi, le besoin de clarté a imposé une remise en cause de l'essentiel des contrats, ce qui a provoqué un départ massif de salariés prestataires et l'instauration d'un nouveau système de facturation : la refacturation en interne. Tous les contrats sont remis à plat. On repart sur des bases nouvelles.
Le chapitre suivant consistait officiellement à se donner plus d'indépendance entre maîtrise d'ouvrage et maîtrise d'oeuvre pour ne pas se heurter à la confusion des intérêts entre client et donneur d'ordre. Il s'agit donc de séparer très distinctement les métiers à travers deux entités nouvelles : GiEau, assurant la gestion des contrats, et CSP SI Groupe, proposant les services afférents. Antoine Frérot, directeur général de Veolia Eau demande au président directeur général de GiEau de mettre en oeuvre une réorganisation pour créer ces deux sociétés. C'est chose faite le 1er juillet 2008, non sans conséquences pour les salariés qui subissent toujours plus de stress et de fatigue.
Si l'objectif officiel de cette réorganisation semble se justifier pour clarifier les activités des deux sociétés, il est néanmoins intéressant d'observer que la réorganisation a eu pour effet de désorganiser totalement l'activité syndicale. En effet, la plupart des délégués syndicaux "revendicateurs" (CGT, CFE-CGC, FO) se sont retrouvés subitement dans l'entité GiEau, réduite de ses effectifs (45), avec la certitude de perdre à terme leurs mandats. Cette deuxième manche a été remportée avec un net avantage pour la direction : retrouver une liberté d'action en l'absence de toute contestation syndicale.
Pourquoi cette liberté d'action est-elle aussi importante à ce niveau de l'historique de GiEau ? C'est une troisième manche qui illustre cette nécessité, car elle concerne l'organisation interne de CSP SI Groupe. Alors que GiEau prend le nom de Veolia Eau DSI en gardant des liens solides avec Veolia Eau, le CSP vogue sur des flots plus houleux en cherchant à s'affirmer techniquement par des principes d'industrialisation et de mutualisation. Ces techniques, le propre d'un centre de services partagés, sont imposées sans concertation avec les organisations syndicales, ni même avec le comité d'entreprise, instance paralysée par la collusion d'un syndicat à GiEau (UNSA). La nouvelle société connait d'intenses tensions. Les salariés s'interrogent lorsqu'ils assistent au départ manu militari du directeur de l'exploitation. La direction est incapable de maîtriser les pannes répétées, qu'il s'agisse de la messagerie, test en grandeur nature pour gagner la confiance de Veolia Environnement, ou de nombreux autres outils qui compliquent considérablement le travail quotidien des salariés (SPID, Agora, etc).
Et après ? La réponse sur le devenir de CSP SI Groupe nous est indiquée par le discours d'Antoine Frérot, transmis à l'occasion de sa nomination comme directeur général de Veolia Environnement : "Pour nous donner les moyens de cette croissance sans recourir à l’endettement, nous ferons des choix : parfois en cédant certaines activités existantes, en désinvestissant « du moins bon » pour investir dans « du meilleur », parfois en partageant les investissements avec des partenaires, tout en veillant à pouvoir mettre en oeuvre l’ensemble de nos savoir-faire et de notre efficacité. "
Le réflexe des sociétés pour rester compétitifs est de se recentrer sur le coeur du métier. L'informatique n'en fait pas partie. Il n'y a pas loin à parier que, les besoins de rentabilité étant plus forts, la société CSP SI Groupe ne restera pas sous responsabilité directe de Veolia. A quoi bon d'ailleurs ? De plus, l'organisation en centre de service partagé permet justement une revente des actifs vers une société tierce, paquet solide et complet dont les processus permettent une transmission sans trop d'effets connexes.
Certaines sociétés de services, très proches par leur partenariat avec le CSP, seraient évidemment tentées de reprendre à leur compte un paquet aussi bien préparé. D'ailleurs, l'une d'elle, très expérimentée en matière de CSP et d'externalisation serait ravie de faire évoluer son offre pour proposer ses services pérennes à... Veolia. Car là serait tout l'intérêt d'une telle transaction. La SSII pourrait continuer à offrir des services à long terme pour lesquels Veolia détient l'exclusivité et toutes les garanties de bon fonctionnement, puisqu'elle y a contribué.
Et l'avenir des salariés ? Celui-ci dépend de la volonté sociale de la SSII. Si son objectif est de faire rentabiliser l'affaire, ce qui est plus que vraisemblable, elle aurait tout intérêt à externaliser l'activité CSP. Certains salariés deviendront alors gênants et se verront proposer des licenciements négociés, d'autres subirons toute la panoplie des actions de dégraissage, allant de l'intimidation au harcèlement.
Cette partie du chapitre reste encore du domaine de l'hypothèse. Nous resterons bien sûr vigilants quant à son évolution. Mais il n'est certainement pas inutile de prendre ses précautions avant d'être exposé aux conséquences des restructurations. Notre position de contradicteur unique constitue le dernier rempart de la précarité. Nous comptons sur le soutien des salariés eux-mêmes en les invitant à se syndiquer. Attention, les premiers inscrits seront les premiers servis. Lorsque la confrontation se précise, il est souvent trop tard pour demander l'aide juridique. Les salariés ayant une certaine ancienneté bénéficieront de toute la panoplie des instruments juridiques que propose la CGT. N'hésitez plus !
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